Journal l'Humanité

Rubrique International
Article paru dans l'édition du 5 mars 2007.

 

Monde
La répression au nom du goupillon

Danemark . Violences policières après la fermeture d’un squat culturel cédé à des chrétiens fondamentalistes.

Copenhague affichait hier un certain calme, après quatre jours d’affrontements de rues opposant les forces de l’ordre à des jeunes remontés après la fermeture manu militari d’un squat culturel. Près de six cents personnes ont été arrêtées, et plus de deux cents placées en détention provisoire.

Les incidents ont débuté dans la nuit de jeudi à vendredi suite à l’application zélée d’un ordre judiciaire d’expulsion d’une maison de jeunes située dans le quartier populaire de Nörrebro. Mise à disposition par les autorités locales en 1982, l’« Ungdomshuet » a acquis la réputation de berceau de la culture underground. Entre autres, la chanteuse islandaise Bjork y a poussé des décibels. Le lieu, fréquenté par des collectifs se mouvant plutôt à l’extrême gauche, faisait partie intégrante du paysage politico-culturel de la capitale. En dépit de sa notoriété, un avis d’évacuation pendait au nez des locataires depuis août 2006, la mairie ayant cédé les quatre étages de ce local à une communauté chrétienne fondamentaliste, Faderhuset, non reconnue par l’Église officielle. Une provocation supplémentaire aux yeux des occupants et des habitués. Les émeutes, auxquelles auraient participé des jeunes d’autres pays européens, ont pris une tournure hallucinante. Des membres d’une unité antiterroriste, héliportés, ont pris possession du bâtiment tandis que les manifestants étaient dispersés à coup de lance à eau. Lesquels ont incendié des voitures et dressé des barricades. Les forces de l’ordre ont essuyé des jets de pavés et de cocktail Molotov. Une école aurait fait les frais de ces violences. « Toute cette affaire va coûter beaucoup plus cher aux autorités que si elles avaient laissé cette maison historique aux mains des jeunes », a résumé Line Barfoed, porte-parole de la formation de gauche, l’Unité, en appelant le maire « à trouver une solution pacifique à la crise actuelle », afin d’éviter « toute escalade de la violence ».

Cathy Ceïbe

 

 
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